L’expert en économie Moez Joudi  dresse le bilan économique de 2017 : Pour  un plan de sauvetage et de relance de l’économie du pays.

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Dans un entretien accordé à Radio MedL’expert en économie et  Président de l’Association Tunisienne de Gouvernance, Moez Joudi a fait le bilan  de la situation économique et les perspectives de 2018,soulignant  que les indicateurs économiques sont dans le rouge. Le déficit budgétaire se creuse de plus en plus, mais ce qui est d’autant plus préoccupant c’est l’endettement extérieur qui reste élevé. Aujourd’hui, le taux d’endettement a atteint les 70% au bout d’un an et demi, alors qu’à la fin 2010, on était à 32%., la situation économique demeure difficile surtout que le déficit de la  balance commerciale   (14 milliards de dinars) ne cesse de se creuser. Le déficit commercial avec la Turquie s’est creusé entre 2016 et 2017 atteignant 1.300 millions de dinars, d’où l’adoption de l’article de Loi de finances 2018 imposant des droits de douane aux produits turcs, pour 3 ans.Le dinar tunisien a perdu 60% de sa valeur depuis fin 2010. Les réserves en devises de la Tunisie sont aujourd’hui à 92 jours d’importations. C’est  un niveau hyper alarmant! Déjà c’est au dessous de la barre symbolique des 100 jours, si on descend encore au dessous des 90 jours, c’est vraiment le naufrage! Le recours possible dans cette période pour renflouer les réserves de devises assez vite, ça sera malheureusement et encore une fois, les emprunts extérieurs! Mais avec quelles nouvelles conditions et contraintes ? Le déficit venait  aussi des effectifs pléthoriques de  la fonction publique. Nous avons 650 mille fonctionnaires pour une masse salariale de 13,7 milliards de dinars. C’est une inflation de salaires  qui pèse lourd sur le pays.Le  climat des affaires maussade décourage l’investissement. On relève également une dette publique qui  augmente de façon vertigineuse. Quand on ajoute à cela les remboursements que le pays aura à faire en 2018et surtout l’approche des échéances de remboursement des prêts contractés au cours des quatre dernières années auprès du FMI (Fonds monétaire international) , de la Banque Mondiale et de la BAD (Banque africaine de développement). Moez Joudi a ajouté que 2017 a enregistré quelques performances notamment une légère reprise pour  le phosphate et les hydrocarbures et une amélioration des indices touristiques .La production de phosphate a atteint 3,85 millions de tonnes à fin octobre 2017, soit une hausse de 35% en comparaison de la même période de l’année 2016. Elle pourrait attendre, dans le meilleur des cas, 4,5 millions de tonnes. La Tunisie a accueilli jusqu’au 10 décembre 6 545  000 touristes, toutes nationalités confondues, réalisant ainsi une évolution de 23% par rapport à la même période de 2016, et dépassant les prévisions tablant sur 6 500 00 touristes.      .

La privatisation de certaines entreprises publiques représente une voie à emprunter

Aujourd’hui, a souligné , Moez Joudi, à Radio Med, « la Tunisie a besoin d’une vision, d’une stratégie, d’un plan d’action, de mesures correctives concrètes mais aussi de quick-wins, d’efficience dans le travail gouvernemental, de réactivité et de capacité à donner un nouvel élan au pays. « Nous devrons mettre en route des réformes radicales afin de passer à la phase de sauvetage.L e nouveau gouvernement de Youssef Chahed doit  élaborer une démarche constructive et réussir un plan de sauvetage et de relance de l’économie du pays. Il faut mettre en place des réformes . La pression fiscale pénalise le citoyen et l’entreprise. La privatisation de certaines entreprises publiques  comme la Régie Nationale des Tabacs et des Allumettes représente une voie à emprunter. L’État doit, bien entendu, garder les entreprises stratégiques telles que la SONEDE et la STEG  et privatiser toute entreprise publique qui opère dans un secteur concurrentiel et non stratégique pour l’État. Un État gestionnaire de kiosques à essence ou qui fabrique du tabac ou qui est présent dans le système bancaire avec trois banques publiques, c’est du non-sens, c’est contreproductif, c’est absurde et c’est handicapant pour la vie économique. Il faut recentrer les rôles de l’État vers l’essentiel et «aérer» les secteurs économiques concurrentiels. La privatisation procure aussi des recettes propres qui peuvent servir pour financer le sauvetage et la relance. Dernier point: L’État tunisien ne gagne plus aucun dividende des entreprises publiques, au contraire il perd et il compense par l’argent du contribuable. Le gouvernement de Youssef Chahed  doit avoir  une lecture anticipative des évolutions économiques et financières du pays. Il faudrait un  diagnostic profond et commun à toutes les parties prenantes, un plan de sauvetage national incluant des mesures drastiques au niveau de l’arrêt de l’hémorragie des déficits, des réformes soutenues, une relance par l’investissement public et une guerre sans relâche contre la corruption et l’économie parallèle. Bref,  conclut  le Président de l’Association Tunisienne de Gouvernance » il faudrait établir un plan de sauvetage et le mettre immédiatement en route »

                                                       Kamel Bouaouina

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