Education : Quelle place pour les parents dans l’école ?

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L’enfant est le premier bénéficiaire d’un climat de confiance entre ses éducateurs, les plus importants étant ses parents et ses enseignants. L’implication des parents dans la scolarité de leur enfant est essentielle. La participation parentale est indéniablement un avantage, un atout pour donner aux élèves le maximum de chance dans la réussite de leur cursus scolaire.Les parents sont les premiers éducateurs et les premiers responsables de leurs enfants.

Mohamed Ali, instituteur estime qu’il Il  y a des relations problématiques avec une minorité des parents, mais elles prennent de plus en plus de temps.  » j’essaie de régler certains problèmes en invitant les parents . Certains essaient de communiquer , d’autres sont indifférents.. »Un directeur d’école confirme également que les enseignants font face à de plus en plus de contestations, et relève que cela tient aussi au fait que les parents ont leur propre vision de l’école… Il faut effectivement renforcer l’aspect communication avec eux», dit-il, en ajoutant que « le métier devient de plus en plus complexe.De bonnes relations et une coopération active entre les familles et l’école favorisent la réussite des enfants.Il est important que les parents d’élèves accompagnent le travail personnel de l’élève et qu’ils prennent en compte les objectifs et les contraintes liées à la scolarité de leurs enfants ».

Mohamed Salah père de cinq enfants ajoute que « Les relations entre parents et professeurs sont importantes pour l’enfant, pour son éducation, pour sa motivation à apprendre. Mais les difficultés liées à la rencontre de ce couple sont nombreuses car il s’agit bien d’un véritable couple avec tous les problèmes qui lui sont inhérents » .Senda mère de trois enfants souligne que  » le lien entre les familles et l’école est  difficile. Certains  parents sont  démissionnaires, indifférents voire absents .Il est difficile de parler en général de ces rapports car ils varient beaucoup d’un établissement à l’autre, selon les lieux d’implantation et la population scolaire, et surtout selon le volontarisme et la politique éducative du chef d’établissement et l’investissement de l’équipe éducative. La réforme de notre système éducatif passe obligatoirement par la responsabilisation des parents d’élèves, ils doivent prendre conscience de leurs droits de participer à l’élaboration du projet de l’école fréquentée par son fils ou sa fille et à son exécution. Il faudrait, tout d’abord, que de toutes les parties impliquées réalisent l’exigence de l’association des parents d’élèves dans les affaires de l’école, élaborent la plateforme règlementaire nécessaire à cet effet et développent les indicateurs de mesure et de suivi de ce partenariat. Par la suite, il faudrait instaurer un état d’esprit partagé par les différents acteurs concernés, où doit régner la confiance, le respect et le dialogue, pour que la participation des parents dans l’amélioration de l’environnement de l’école, de ses résultats et de ses performances devienne, réalité, habitudes, traditions et fierté de la société tunisienne ».

Ridha Zahrouni Président de l’Association Tunisienne des Parents et des Elèves

« Les parents doivent être impliqués dans l’élaboration des projets des écoles et dans leur exécution »

« Nombreux sont convaincus aujourd’hui que le fait de citer les parents d’élèves comme partenaires de l’école est une perte de temps et ne voient aucun intérêt dans cette association. D’autres s’estiment s’acquitter de leur devoir, en ayant trouvé remèdes à tous les maux de notre école publique dans financement des cours particuliers pour leurs progénitures ou dans des écoles privées. Ceux là oublient toutes les familles qui n’ont pas les moyens pour suivre leur exemple et  elles sont nombreuses. En effet, on comptabilise plus de 100 milles élèves décrocheurs chaque années, auxquels il faudrait ajouter plus de 60 milles autres élèves qui quittent les lycées sans obtenir leur bac.Toutefois, cette façon de penser ou d’agir omet une vérité grave, celle qui affirme que les  parents sont tenus naturellement, constitutionnellement et universellement, pour responsables, avec l’Etat, de l’éducation de leurs enfants, dans le foyer familial, dans les enceintes des écoles et, même, à l’intérieur de leurs murs » estime Ridha Zahrouni de l’Association Tunisienne des Parents et des Elèves. Et d’ajouter « Le parent « citoyen » doit suivre d’une façon continue la vie scolaire de ses enfants et doit contribuer à l’amélioration des performances de leurs établissements scolaires et à la préservation et au renforcement des acquis de notre système éducatif, au respect de ses orientations et à la réalisation de ses objectifs. Les seuls bénéficiaires sont ses enfants et l’intérêt général. Le parent est aussi le principal contribuable, il participe par le biais des impôts qu’il doit payer, à la collecte des ressources financières nécessaires pour le bon fonctionnement du service public de l’éducation. Il doit financer, également, tout ce que ses enfants ont besoin pour poursuivre leur scolarité dans les meilleures conditions. Un investissement qui devient très lourd au fil des années et dont il n’attend rien, sauf la réussite de ses enfants à l’école et leur excellence.L’attribut du « parent » n’est pas une spécialité, c’est juste une relation de parenté et un engagement de responsabilité. Certes les parents s’occupent tous les jours de l’éducation de leurs enfants au niveau du foyer familial, ils sont tenus de satisfaire tous leurs besoins, de les soutenir tout le long de leur scolarité et d’assurer leur transport chaque jour jusqu’au aux écoles. N’empêche que ces parents là ont des parcours professionnels différents, avec diverses spécialités et de multiples niveaux, et nombreux parmi eux qui sont suffisamment compétents pour participer à la gestion des affaires scolaires avec responsabilité et aptitude, dans le cadre de ce qui serait autorisé par la loi. Un système éducatif ne pourrait devenir performant, efficient et efficace si les parents ne deviennent pas responsables et co-éducateurs et co-enseignants de ce que l’école veut transmettre à leurs enfants, en tant que valeurs, culture, acquis et formation de personnalité.

De ce fait, la première des conditions de qualité en rapport avec les parents qui doit être respectée par nos écoles, concerne le consentement réciproque des professionnels de l’école d’un coté et des parents d’élèves de l’autre coté, sur la nécessité de travailler ensemble, et ce pour le bien de nos enfants et pour l’amélioration des performances de nos établissements scolaires.

. A chaque fois ou le sujet est discuté, plusieurs ont exprimé leur crainte de voir la participation des parents dans la gestion des projets des établissements scolaires ne se transforme en une ingérence dans les affaires internes et pédagogiques des écoles et perturbent le bon déroulement des cours.. D’autres voient dans les associations de parents d’élèves, un syndicat de parents ou un contre pouvoir pour les syndicats des enseignants.Il ne faut pas cacher non plus le fait qu’il y ait des parents qui outrepassent leurs droits et prérogatives, qui, pour s’exprimer,  font plutôt recours à différentes formes de violence ou qui considèrent le travail associatif, comme exercice politique duquel ils s’attendent à une contre partie ou à un intérêt matériel ou moral.Bien que cela est réel, ça ne peut que motiver davantage l’exigence de faire représenter les parents  au sein de la communauté éducative et au sein des conseils d’établissement et de les considérer comme partenaires incontournables lors de l’élaboration des projets des écoles et de leur exécution.  Les associations d’élèves ont un rôle essentiel à jouer dans ce cadre, elles ont pour mission d’encadrer les milliers de parents d’élèves et, en cas de besoin, devenir leur porte parole auprès de toutes les instances concernées.

La deuxième des conditions de qualité en rapport avec les parents qui doit être respectée par nos écoles, concerne l’élaboration d’un cadre réglementaire et procédural actualisé et approprié pour organiser la participation des parents d’élèves et des associations de parents d’élèves dans la mise en œuvre des projets des écoles, notamment, en ce qui concerne les responsabilités, les spécialités, les attributions et les dispositions à observer. L’objectif, étant de lever toute équivoque et d’interdire tout abus et toute initiative malheureuse de la part de chacune des parties concernées.

Comme il l’a été évoqué à plusieurs reprises, le parent est membre de la communauté éducative et du conseil d’établissement. Continuer à accepter de sa part ou de la part des autres intervenants le même comportement adoptée depuis plusieurs années, c’est-à-dire garder les parents loin des affaires de l’écale, et peu importe la raison, ne peut qu’être préjudiciable pour nos enfants et pour le bon fonctionnement de nos établissements scolaires, et par ricochet, pour la nation.

L’intérêt de nos enfants exige notre contribution à tous pour la mise en œuvre d’un environnement scolaire approprié, qui doit stimuler l’envie de nos élèves pour apprendre, réussir et exceller, l’envie de l’enseignant, de l’éducateur et du gestionnaire à se donner à fond dans l’exercice de leurs missions et la confiance du parent dans son système éducatif.  Un tel environnement nécessite la garantie pour chacun des membres de la communauté éducative des ses droits à la considération, qu’elle soit morale, physique, matérielle ou sécuritaire.

« La troisième des conditions de qualité en rapport avec les parents qui doit être respectée par nos écoles doit cibler, par le biais des lois, des procédures et des pratiques, les mentalités. Il s’agit en fait  d’adopter un pacte moral, qui puise son essence de la confiance et du respect mutuel. Un pacte dont les outils sont constitués d’un partenariat constructif et d’un dialogue sincère entre tous les acteurs concernés, qui fait appel  au professionnalisme, à la responsabilisation et à la solidarité et qui n’est motivé que par les intérêts de nos élèves. Tous les systèmes éducatifs performants ont mis en place des procédures et des grilles pour évaluer et mesurer objectivement la qualité de la participation des parents dans la vie scolaire de leurs enfants, à partir du foyer familial jusqu’à l’élaboration et l’exécution du projet de l’école.La dernière des conditions de qualité en rapport avec les parents qui doit être respectée par nos écoles concernent l’établissement et l’adoption de grilles de qualité pour aider et motiver les parents à assumer leurs responsabilités vis-à-vis de la scolarité de leurs enfants et pour garantir la conformité de leur relation avec l’école aux exigences de qualité reconnues dans le domaine. La performance d’un système éducatif, son efficience et son efficacité, le respect par l’école des valeurs qui sont les siennes, à savoir, l’égalité, l’équité, la solidarité et la gratuité de l’enseignement public, sont fortement corrélés au degré d’implication des parents dans la vie scolaire de leurs enfants et dans la gestion des affaires de l’école.

 

Sur un autre plan, il nous faudrait réaliser que les parents tunisiens se comptent par des centaines au niveau de chaque école ou lycée, et qu’il est impossible que l’administration, et même les enseignants,  prennent contact avec eux ou de les toucher individuellement. Et c’est à travers ce constat qu’émerge l’utilité et la nécessité de créer des associations de parents d’élèves au niveau de chaque établissement scolaire. C’est ce que tous les systèmes éducatifs performants ont compris depuis des années, et l’ont résolu par la multiplication de la création de ce type d’associations.Elles auront pour mission d’assurer ce lien de communication entre les parents d’un coté et l’école de l’autre coté. Elles constituent également des structures réglementaires qui prendront en charge l’encadrement des parents et veilleront à ce que leur participation dans la gestion des affaires de l’école soit conforme à la réglementation en vigueur et réponde aux exigences de qualité requises, et ce par le biais de l’organisation des actions de sensibilisation, de formation, d’intervention, de soutien et d’évaluations périodiques. Le  parent tunisien d’aujourd’hui doit avoir pleinement sa place pour co-éduquer ses enfants et cogérer son école. Une condition qui doit faire partie des critères de qualité à observer par chaque établissement scolaire et à encourager par tous les acteurs concernés, décideurs, personnel administratif, enseignants, parents et élèves.

Toutefois, la participation des parents doit s’étendre au-delà du cadre des lois en vigueur, des attributions de chacun des acteurs concernés et des critères de qualité à respecter, pour transcrire les vrais sens de l’égalité, de l’équité et de la solidarité scolaire dont nous tous, indépendamment de nos niveaux et de nos moyens, avons fortement besoin. Une participation qui fera partie des devoirs dont les parents seraient fiers et qui figurerait parmi les habitudes et les traditions dont chacun de nous s’investirait à mettre en pratique sur le terrain »explique Ridha Zahrouni

    Kamel Bouaouina

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