Le tourisme dans la Cap Bon. De la nécessité de sortir du tourisme balnéaire

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Nabeul, Hammamet, Kélibia, Haouaria ; Soliman, Korbous… autant de paysages divers et variés, autant de style architectural que de spécialités culinaires. Comment mettre en valeur les richesses touristiques de ces régions? Comment innover et développer un tourisme alternatif et responsable ? C’est dans ce cadre que l’Institut des Politiques Publiques du parti Machrou3 Tounes en collaboration avec la FTH et l’office national du thermalisme a organisé avant hier un grand débat sur le tourisme dans la région

Hichem Hajri devait indiquer que le secteur touristique est un des piliers importants de l’ économie du Cap Bon  et contribue largement à la croissance de son  Produit Intérieur Brut . Le tourisme de la région  qui se résume au Sun, sea and Sand est révolu. On ne s’attend pas à voir un touriste se prélasser sur un transat au soleil à longueur de journée. Le produit touristique  de la région doit se réinventer et proposer de l’authenticité capbonaise à nos touristes. D’où la nécessité de penser à une nouvelle approche, de nouvelles idées et stratégies pour offrir de belles vacances à ce nouveau touriste

« Faire sortir les touristes  des vacances purement balnéaires et faire (re)découvrir les richesses de la région. Le sport, la culture, la thalasso, le Sahara, le golf… Autant de thématiques sur lesquelles le Cap Bon doit mettre l’accent. Face au modèle balnéaire de masse qui a montré ses limites, il faut réinventer un tourisme respectueux des écosystèmes et qui prenne mieux en compte les populations locales. a indiqué l’ex ministre du tourisme Slim Tlatli « Le modèle balnéaire , otage d’une fréquentation saisonnière et  d’une politique de prix tirée vers le bas, a montré ses limites.  C’est peut-être le moment de s’attaquer à la recomposition de l’offre touristique et de plancher sur  la diversification du produit . Cette recomposition passe aussi par la prise en compte du potentiel touristique de l’arrière-pays à la condition toutefois de ne pas commettre les erreurs qui ont dévasté le littoral et de concevoir des produits qui préservent l’authenticité du territoire dans le respect des populations. Enfin, il faut aussi agir sur la durée des séjours et lisser la fréquentation touristique sur l’année pour en atténuer la saisonnalité, à l’origine de profonds déséquilibres.  L’essentiel est de bien comprendre qu’il faut sortir de notre dépendance au tourisme balnéaire. Le comportement du tourisme change. Ils a de nouvelles attentes. Sa consommation n’est plus la même. Il veut découvrir un autre tourisme et le Cap Bon a tous les atouts pour attirer cette clientèle avide de découverte et de dépaysement . Il faudrait développer un marketing territorial sans oublier la numérisation qui  pose ainsi de gros défis aux territoires touristiques tant en termes de maitrise du produit que de maintien des flux financiers sur le territoire.

Aujourd’hui le tourisme a évolué, en effet un nouveau type de tourisme a fait son apparition. Il s’agit du tourisme alternatif ou plutôt solidaire. « Le touriste de 2020 a miser sur un tourisme durable à valeur ajoutée, pour préserver notre authenticité et éviter de nous transformer en ghetto », expliquait Mehdi Allani, Président de la Fédération régionale d’hôtellerie.  Dans ce même registre, dit-il « il  convient de mentionner l’émergence de nouveaux consommateurs de voyages que sont les ressortissants des Que pouvons-nous offrir à ces nouveaux touristes ? Leurs attentes sont diamétralement opposées à celles de la clientèle européenne. Il s’agit urgemment d’affiner notre connaissance deces clientèles, de mieux comprendre leurs motivations, d’améliorer l’attractivité de notre patrimoine . Le touriste est devenu indépendant et autonome. Il n’est plus la propriété de l’hôtel ni de l’agence de voyage. Il vient pour découvrir le pays. À l’heure des vols low-costprendre l’avion s’est complètement démocratisé. On voyage en avion pour un week-end, pour des petites vacances de trois à quatre jours .On est passé d’un secteur « physique » à un secteur où tout peut être fait en ligne, et avec une offre devenue énorme. Il y a un nombre inouï de plateformes pour réserver son trajet, son logement, des services, etc. Du coup, on doit créer des sites de niche qui se différencient de la masse

Mouna Allani Ben Helima hôtelière et porte parole de la FTH  a appelé à diversifier le produit  « le tourisme est une matière transversale : elle touche à l’économie, à la culture, aux mœurs, aux arts. On a  souvent dit que le tourisme était un moteur de développement. Mais le tourisme n’apporte le développement qu’à condition qu’il soit responsable et durable. Sinon, il n’enrichit que les investisseurs étrangers et non le pays hôte et la population. », explique-telle.

 Et d’ajouter « Le voyage est pour moi synonyme de découverte qui aide à  faire la connaissance d’autres cultures, de l’artisanat local du pays . C’est le  premier réflexe du nouveau touriste du 21ème siècle . Le dépaysement passe par la nouveauté. Aussi, pour qu’un voyage soit dépaysant, il faut que le touriste puisse voir ce qu’il ne voit  pas chez lui tous les jours. L’expérience porteuse de sens et d’émotion est au cœur du tourisme de demain.De plus en plus habitués à de supers expériences, le voyageur s’attendra à encore plus d’émotions où tous les sens seront stimulés.Un exemple : L’odeur du zhar de Nabeul ou son harissa  seront une expérience olfactive très appréciée. Ainsi il est temps de cesser d’établir des barrières entre les régions touristiques.

Toute la Tunisie  insiste t-elle est une zone touristique . Le touriste d’aujourd’hui recherche une expérience locale, une immersion dans la culture locale.Il cherche le contact avec leurs hôtes, des recommandations de visites, des avis mais aussi une forme de lien social. Nos hébergeurs sont de vrais locaux qui ouvrent leur porte dans un esprit d’échange et d’intégration pour faire découvrir et faire intégrer au mieux le savoir vivre local .Le touriste est désormais au cœur d’une expérience touristique réussie. Et la notion d’authenticité sera de plus en plus imprégnée d’un discours durable. Aujourd’hui, le voyageur cherche avant tout la découverte et l’échange. Il ne voyage plus pour l’exotisme et le farniente, il souhaite découvrir de nouvelles terres, de nouvelles cultures avec ses us et coutumes. Le voyageur est aujourd’hui prêt à payer le prix d’un voyage solidaire afin de participer au développement local de la destination choisie. Le tourisme n’est plus l’hôtellerie c’est le patrimoine , Ce sont pour nous ces grottes d’Al Haouaria, ces potiers de Nabeul, ces fellahs de Korba, ces pécheurs de Kélibia,

Rzig Oueslati , le Directeur Général de l’office du thermalisme et d’hydrologie a insisté que les différents vestiges archéologiques thermales sont là pour nous rappeler que depuis la plus haute antiquité, le Cap Bon dans son ensemble connaît les vertus de ces eaux. Ce tourisme thermal, a ses adeptes en Tunisie et à l’étrangeret là dit-il je cite Korbous  qui regorge en effet de richesses que nous pourrons offrir aux touristes. Le développement du thermalisme offre l’opportunité de valoriser ces ressources . Le thermalisme est en mesure de renforcer les efforts de diversification réalisés pour le tourisme et d’apporter un complément de services pouvant inciter les touristes à prolonger leur séjour dans le pays. Notre stratégie est d’offrir, d’une part, à la clientèle étrangère un produit nouveau et de qualité, répondant aux normes internationales, de façon à concurrencer les produits des autres pays méditerranéens et, d’autre part, à impulser un mouvement plus important de fréquentation des unités thermales et des hammams par la population tunisienne, tant au niveau national que régional».

Le ministre du Tourisme, René Trabelsi, est revenu  sur plusieurs questions touchant la région « le profil du voyageur a changé . Il n’est plus celui des années 60 ou 80 . Les nouvelles technologies, avec en fer de lance les smartphones et les applications de voyage, permettent de programmer sans difficulté son séjour.Outre ces moyens techniques toujours plus performants, les progrès en matière de transport permettent de réaliser des courts séjours et là je cite les compagnies low cost qui  ramènent des touristes et de nouveaux marchés.  Mais il reste certains points à régler comme l’environnement et l’hygiène . Les voyageurs se préoccupent de plus en plus de la nature et sont davantage sensibles aux questions environnementales.

  René Trabelsi a assuré que le Cap Bon  a beaucoup de potentiel en matière de tourisme et plusieurs segments à exploiter. Outre le tourisme balnéaire, nous avons le tourisme culturel, sportif, thérapeutique, thalasso.. La  Tunisie,  est ouverte au low cost  tant que ça ramène des touristes et de nouveaux marchés. Les marchés émetteurs de touristes européens connaissent des mutations rapides et profondes, auxquelles nous devons nous adapter.En effet, il y a de moins en moins de longs séjours de vacances, soit 2 et 3 semaines de suite, une fois par an et de plus en plus de vacanciers qui viennent pour de longs week-ends (3 à 4 jours) 3 et 4 fois par an, du printemps à l’automne. Or, c’est le prix du transport aérien qui constitue la charge la plus lourde. De là est venue l’engouement pour le low-cost qui se base sur la réservation internet et le taux de remplissage élevé des avions pour faire baisser de façon spectaculaire le prix du passage.

Le ministre du tourisme a fait remarquer que la Tunisie a besoin de devises . Et là il nous faut de nouveaux clients comme les américains et les chinois qui sont attirés par notre démocratie naissante mais faut -il leur offrir un bon produit, des sites archéologiques bien entretenus et si on veut avancer plus tout le monde doit être impliqué dans ce secteur clé de l’économie du pays

                                      Kamel Bouaouina

Photos Berrazagua

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