Le cyber-harcèlement: une réalité sous-estimée en Tunisie !

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Le  cyberbullying reste le plus souvent entre adolescents avec un secret des cours de récréations qui peut hanter les victimes jour et nuit sur le long terme. Pourtant, ce  phénomène devrait être systématiquement recherché par les professionnels de la santé s’occupant d’enfants ou d’adolescents tels que les médecins de famille, les pédiatres, les pédopsychiatres, les médecins scolaires…

Les nouvelles technologies de l’information et de la communication permettent un accès rapide à l’information pour les jeunes et les adultes. Si elles représentent actuellement un nouveau moyen d’interaction sociale, elles peuvent également être porteuses de nouvelles formes de violence et de harcèlement entre pairs tel que le cyber-harcèlement appelé encore cyberbullying.

 

La définition la plus communément admise est la suivante : « le cyberbullying consiste en des actes agressifs sur le long terme, répétés, intentionnels, perpétrés par un ou plusieurs individus, en utilisant des outils électroniques et dirigés contre une victime plus faible». Cette définition illustre ainsi les trois aspects partagés entre le cyber-harcèlement et le bullying traditionnel à savoir : la répétition, l’intentionnalité de nuire et le déséquilibre du pouvoir. Récemment, des études ont montré la nécessité de considérer également l’anonymat de l’agresseur et le caractère public de l’agression comme des critères importants du cyberharcèlement.

 

Le cyberharcèlement a été reconnu par l’Organisation Mondiale de la Santé comme l’un des six principaux types de violence interpersonnelle qui peut survenir à différents stades du développement de l’enfant et de l’adolescent. Sa fréquence dans le monde est estimée entre 20 et 40% et serait en hausse. Les jeunes constituent la population la plus touchée par ce phénomène et particulièrement les adolescents âgés entre 13 et 16 ans. Ces adolescents seraient plus susceptibles de présenter des symptômes dépressifs, des troubles du comportement, des troubles de l’usage des substances et même des conduites suicidaires. Bien qu’il y ait eu des progrès notables dans la connaissance et la recherche du cyberharcèlement au cours des dernières décennies, l’évaluation de ce phénomène demeure difficile. Cette difficulté peut être due d’une part aux multiples manifestations du cyberharcèlement et d’autre part, au manque d’outils de mesures du cyberbullying bénéficiant de propriétés psychométriques satisfaisantes.

 

Les études sur le phénomène du cyberharcèlement en Tunisie sont rares. Ceci est en partie dû au manque d’échelles adéquates validées en langue arabe permettant l’évaluation du cyberharcèlement et adaptées à notre contexte socioculturel. C’est dans ce cadre que s’inscrit l’étude récemment réalisée par le service de Pédopsychiatrie de l’Hôpital Mongi Slim de La Marsa qui avait pour objectif d’adapter en arabe dialectal tunisien une échelle de mesure du cyberharcèlement, et de valider cette échelle dans le contexte socioculturel tunisien auprès d’un millier d’adolescents âgés entre 11 et 19 ans et scolarisés dans le gouvernorat de Tunis.

 

L’échelle de mesure est un auto-questionnaire composé de 10 items. Les réponses sont réparties dans deux colonnes évaluant respectivement la cyber-agression et la cybervictimisation. Le participant cote chaque item deux fois. En fonction des cotations attribuées aux différents items, le participant est classé dans un des quatre statuts suivants : « cyber-agresseur », « cybervictime », « cyber-agresseur/victime » et « non concerné ».

 

Dans une seconde étape, il a été procédé à toute une batterie de tests afin d’étudier la validité et la fiabilité de l’échelle : validité de structure interne, indicateurs d’ajustement, validité de construit…Ces tests ont montré des qualités psychométriques satisfaisantes de la nouvelle version arabe dialectale Tunisienne de l’échelle.

 

Par conséquent, ce nouvel outil de mesure peut être utilisé par les chercheurs aussi bien auprès de populations cliniques que dans la population générale et sur des tranches d’âges différentes (pré-adolescents, adolescents et étudiants). Etant donné les pourcentages élevés d’adolescents concernés par les expériences de cyber-agression ou de cybervictimisation retrouvés (43,4%), le phénomène du cyberbullying devrait être systématiquement recherché par les professionnels de la santé s’occupant d’enfants ou d’adolescents tels que les médecins de famille, les pédiatres, les pédopsychiatres, les médecins scolaires… L’échelle validée peut alors servir d’outil de détection et d’évaluation à la fois des expériences de cyber-victimisation et de cyber-agression.

 

De plus, l’échelle peut être utile pour la réalisation d’études et de recherches nécessaires à l’évaluation de l’ampleur du phénomène du cyberbullying, à la compréhension des facteurs de risque associés tels que le profil sociodémographique, l’usage problématique d’Internet… Elle peut être également utile dans l’étude des relations pouvant exister entre la cyber-victimisation et la cyber-agression d’une part et le cyberbullying et le bullying traditionnel ou le harcèlement scolaire, d’autre part. Enfin, le questionnaire peut contribuer à l’identification des besoins des structures éducatives en matière de mise en place de plans d’action ou de programmes d’intervention contre le cyberbullying ou encore à la réalisation d’études longitudinales évaluant l’efficacité des programmes anti-cyberharcèlement.

Kamel Bouaouina

 

Nous remercions le service de Pédopsychiatrie de l’Hôpital Mongi Slim de La Marsa  pour sa  contribution efficace à la réalisation de cette recherche scientifique

 

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