Pr Mounir Daghfous, Chef de service du SAMU 01 du Nord Est : Les seuls qui ont la capacité absolue à faire barrière à ce virus sont les citoyens eux-mêmes

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Comment identifier les symptômes du coronavirus ?

Les patients infectés par le CoViD-19 présentent généralement une forte fièvre, une toux sèche et une gêne respiratoire. Evidemment, il existe des formes mineures où ces signes sont discrets voir absents et des formes graves où le tableau clinique est dominé par une insuffisance respiratoire aigue.

Quelles sont les précautions à prendre?

 

Les mesures générales d’hygiène individuelles sont de rigueur : lavage fréquent et soigneux des mains avec du savon ou avec un gel hydro- alcoolique, tousser ou éternuer dans sa manche, s’interdire les poignées de mains et les embrassades, nettoyer les surfaces planes y compris les claviers d’ordinateur, les écrans de téléphones ou de tablettes avant et après usage, … Les mesures d’hygiène collectives  sont  ausside rigueur. Il faudra éviter ainsi les réunions dans des lieux confinés, non aérés, les grands rassemblements de population, les lieux publics bondés. Bref, garder une distance de « sécurité » d’au minimum un mètre avec autrui. S’il y a eu un contact étroit avec un patient porteur du virus, ceci impose absolument l’isolement pendant 14 jours, période d’incubation du virus.

Ya t-il des traitements qui luttent contre les symptômes pour l’instant?

A l’état actuel de la science, il n’existe pas de traitement qui permet de « tuer » le virus. Il n’existe pas non plus de vaccin qui permet d’éviter ou de minimiser la contagion. Toujours est- il qu’avec le peu de recul que nous laisse cette pandémie, il y a un certain espoir ou, selon l’avancée des essais cliniques de part le monde  de voir certaines anciennes molécules notamment la chloroquine qui  donne d’excellents résultats en atténuant fortement les symptômes ou en raccourcissant la durée de la maladie. Cet espoir reste cependant tributaire des preuves établies par les études scientifiques initiées sur les patients. L’OMS depuis l’épidémie d’Ebola, a défini des critères déontologiques permettant de réaliser de telles études. Les pays atteints commencent à réaliser ces études et la Tunisie n’est pas en reste puisque Mr le Ministre de la Santé a annoncé avoir chargé une équipe pour élaborer des études cliniques dans ce sens.

En tant que SAMU, comment vous géré cette épidémie?

Je voudrais tout d’abord préciser que le SAMU est un service médical de régulation et de prise en charge des urgences vitales en pré hospitalier. Le numéro gratuit 190 est mis par l’état à la disposition des citoyens pour appeler en cas de problème de santé urgent. En cas d’exception sanitaire, le SAMU est donc en première ligne du fait de la disponibilité du numéro et de notre capacité à mobiliser rapidement des équipes de réanimation mobiles. Le SAMU est donc un élément important de la première réponse médicale à chaque fois où il y a de nombreuses victimes ou, comme c’est le cas pour le COVID, à une augmentation importante de la demande de soins.

Le 190 , le classique numéro d’appel du SAMU ne répond pas souvent. Ne comptez vous pas créer d’autres lignes pour faire face aux appels des citoyens?

En situation normale, le SAMU reçoit 150 à 200 « appels santé » par jour. Il y a toujours un médecin au bout du fil qui évalue l’urgence et envoie au besoin une équipe de réanimation (infarctus du myocarde, accident de la voie publique,….) ou bien, en l’absence d’urgence vitale, délivre des conseils médicaux au patient et à sa famille. Aux premiers jours de la déclaration de cas de covid en Tunisie, nous avons eu une augmentation dramatique du nombre des appels les six lignes groupées du 190 ce qui a totalement bloqué le système. Nous avons réagi rapidement en faisant appel à Tunisie Télécom qui a multiplié par dix le nombre de ligne groupées les faisant passer de six à soixante en deux jours. Nous avons été surpris en installant une application qui comptabilise les appels entrants en constatant que le nombre des appels est passé de 200 par jour habituellement à 20 000 (vingt milles !!!) ce qui est au dessus de nos capacité malgré l’afflux massif de volontaires étudiants en médecine et les agents mis à notre disposition par des call centers. Nous avons donc, avec la précieuse aide gracieuse des techniciens de télé performance, installé en quelques heures une plateforme de centre d’appel permettant d’absorber et de traiter ce grand flux d’appel faisant réduire les délais d’attente de 10 minutes à moins de 2 minutes. Il est à noter que plus de 90% des appels concernent des demandes d’information et non de soins. Je renouvelle ainsi mon appel aux citoyens désirant avoir des informations concernant cette épidémie à appeler le numéro vert mis à leur disposition par le ministère de la santé 08101919. Cette situation inédite a été aussi constatée dans tous les SAMU en France bloquant ainsi leur système.

Vos conseils aux tunisiens ?

Les seuls qui ont la capacité absolue à faire barrière à ce virus sont les citoyens eux-mêmes. Ils doivent faire tout pour se protéger et protéger leurs proches. Ceci passe par la distension sociale, les règles d’hygiène rigoureuses et le respect des règles d’isolement si l’on est un sujet à risque. On ne pourra arrêter cette épidémie qu’en ayant de l’empathie envers les malades et du sens du devoir envers ses proches, ses voisins, ses collègues et d’une façon générale ses concitoyens en s’empêchant d’être un vecteur de transmission virale et ce par le respect strict des mesures de prévention,. Bref, avoir un sens aigu de la solidarité et de la citoyenneté.

                         Kamel Bouaouina

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