Haykel Akrout (DG Khayem Garden) : La relance se fera d’abord avec les touristes locaux mais c’est insuffisant !

0

La Tunisie  entame sa dernière phase de son déconfinement. Et le tourisme profite un peu plus chaque semaine des assouplissements décidés par le gouvernement.Mais est-ce suffisant pour drainer plus de touristes cette saison . Haykel Akrout, Directeur Général de Khayem Garden, est très conscient de la situation. Il est catégorique . Cette crise  va certainement changer les habitudes des voyageurs et aura un impact sur le tourisme tunisien

 Comment vous avez géré le confinement ?

Notre  pays a bien résisté bien à l’épidémie de Covid-19 grâce aux mesures de précaution prises très tôt et ceci  grâce à une stratégie de confinement des voyageurs dans des centres dédiés, notamment les hôtels depuis le 22 mars. Plusieurs touristes  ont  été placés dans les hôtels, en confinement obligatoire pour 14 jours. Ce confinement s’est déroulé  dans de bonnes  conditions . Seule une équipe mandatée par le ministère de la Santé a accès aux confinés. Tous les résidents  notamment les rapatriés étaient satisfaits de nos prestations hôtelières .

La mise en place d’un protocole sanitaire permet -elle d’accueillir progressivement les touristes?

Ce protocole  sanitaire pourrait   assurer une bonne préparation pour toutes les institutions touristiques pour accueillir progressivement, les touristes tunisiens ou étrangers.   Son application a commencé  le  4 juin 2020 à l’occasion de l’ouverture de leurs établissements. L’adoption du  protocole  dans le secteur du tourisme  , transmet un message rassurant aussi bien pour l’ensemble des hôteliers et  les touristes j’ai eu le privilège de participer . Ce  protocole garantit des conditions d’hébergement sûres dans notre  pays et protège aussi le client que l’employé. Plusieurs unités se sont mobilisé, à un moment où un secteur entier subissait de plein fouet, l’une des plus graves crises de son histoire.

L’Hôtellerie tunisienne peut être fière d’avoir participé directement à la lutte contre le Coronavirus et d’avoir contribué efficacement à l’effort national pour juguler la crise sanitaire dans notre pays, aussi bien par l’opération baptisée FTH-Solidarité Blouses Blanches, qu’à travers le confinement obligatoire des rapatriés, qui a mobilisé pas moins de 48 unités hôtelières supplémentaires pour une capacité d’hébergement de 6711 chambres.

 

L’ouverture du ciel pourra t-il encourager l’arrivée des touristes européens?

 

A partir du 27 juin, tous les voyageurs pourront entrer en Tunisie, à condition de présenter un test négatif de moins de 72 heures et sous réserve de ne pas avoir de température. Ce protocole sanitaire est excellent pour le tourisme organisé.  Mais est  jugé trop sévère par les spécialistes. Il n’y a pas besoin de lui rajouter l’exigence d’un test PCR à l’arrivée. Ce test a un coût de 60 à 150 euros. En plus les laboratoires  européennes ne pourront pas faire ce test que lorsque la personne présente des symptômes et  sur ordonnance délivrée par un médecin .

Plusieurs touristes  ont été obligés de ne pas venir en raison des  contraintes  de ce test. L’imposition d’un test PCR et autres obligations (conditions de transport et de séjour) à l’inverse des destinations touristiques concurrentes est une contrainte certaine et dissuasive à l’accès à notre destination. Plusieurs réservations pour les mois de juillet et août ont été annulées  entrainant ainsi l’annulation de programmations aériennes.Ainsi et dans les conditions actuelles une grande partie des hôtels demeureront fermés. Nous recommandons  au Gouvernement de faire évoluer rapidement ces mesures ou de prendre la décision courageuse de fermer les frontières aux touristes. Ces demi-mesures ne feront pas de la Tunisie une destination touristique cette année

Comment sauver la saison?

Personne ne s’attendait à cette crise qui a touché le monde entier quasiment en même temps. Une crise qui va certainement changer les habitudes des voyageurs, des consommateurs .Si la situation tend à l’amélioration, elle reste pourtant encore loin des attentes. La reprise est timide. Dès qu’il y a une communication claire sur l’ouverture d’un pays proche, sans risque, les réservations se développent. Mais il y a encore d’énormes incertitudes. Les TO  déclarent ne pas savoir quand ils vont reprendre les voyages . Ce qui est très encouragent, c’est que nos clients ont très envie de voyager. La demande se remet en marche, même si elle n’est pas encore franche .Pour sauver la saison et vu les contraintes sanitaires, nous recommandons de faciliter l’accès des touristes  en faisant ces tests  à l’hôtel ou à l’aéroport sinon nous  risquons de  rater l’année  alors que tous nos concurrents ont pris de l’avance en s’engageant sur des ouvertures de frontières en fin juin ou début de juillet. Résultat des courses, les TO et les avions vont programmer ces destinations au détriment de la Tunisie . Nous risquons de connaitre un été « chaud » sans touristes et n’oublions pas que le tourisme tunisien contribue en temps normal à hauteur d’environ 10% dans le PIB du pays sans parler de ses énormes effets d’entrainement sur les autres secteurs de l’économie. Il faudrait réviser notre stratégie si on veut remplir nos unités et sauver notre tourisme et nos emplois . Nous n’avons pas de choix. Le risque existe certes mais  on doit supporter ces contraintes sanitaires

 

Peut-on miser sur le marché algérien?

L’Algérie  est sérieusement touchée par la pandémie et l’ouverture des frontières n’est pas envisagée à court terme.

Et les tunisiens ?

Le marché local est restreint et insuffisant  . Les  tunisiens viennent uniquement le week end et avec  50 chambres par week end, il est  impossible de couvrir les charges.  Bref pour attirer les touristes , il est urgent d’alléger le protocole sanitaire et donner au pays la bouffée d’oxygène dont il a tant besoin

Kamel Bouaouina

Partager.

Comments are closed.