Sahriyet été 2020 à Hammamet : « Rawa7 » : un beau texte dense, poignant et émouvant!

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Fatma Felhi a su tirer son épingle du jeu  au Sahriyet été 2020 à Hammamet en interprétant avec brio « Rawa7 » un one woman show à la fois cynique que captivant sur un texte profond, éloquent, poétique de Khaoula El Hadef, et Yosr Galai avec une mise en scène de Khaoula El Hadef.


Fatma Felh essaie de feuilleter  les pages de son existence depuis son plus jeune âge jusqu’à la cinquantaine. Elle évoque des témoignages réels inspirés de son vécu. Elle décrit et critique avec son regard unique les petites choses du quotidien des tunisiens   .Sur scène, sans le moindre décor ni accessoire, cette comédienne nous emporte dans sa folle aventure avec ses histoires qui traitent du vécu des tunisiens. En partant de Tunis pour rejoindre la bourgade « Radhaa » proche du village de Regueb à 50 km de Sidi Bouzid, suite à un appel de sa famille la sommant de rentrer, elle nous  parle des  choses de la vie.  . Ce qui frappe surtout, dans sa manière d’être sur la scène, c’est le côté «humour». La route qu’elle emprunte pour se rendre chez  elle est difficile . Elle essaie de  relater  avec justesse le monde qui nous entoure, sans jamais tomber dans la méchanceté gratuite.. Et le public suit. L’humour noir est son fonds de commerce. C’est ainsi qu’elle s’est escrimée, à tenter de libérer, justement avec son humour, les freins psychologiques, pour décortiquer les sujets dits tabous, et les non-dits, auprès des Tunisiens.

Avec son franc-parler et son sourire au coin des yeux, elle  a réussi finalement à tenir sa promesse de faire exploser le théâtre , tantôt par ses gestes, tantôt par sa verve, tant elle a le talent, chevillé au cœur et au corps… Sur scène, il y a l’actrice, oui, toujours, mais il y a la musique, du bruit, du son, des pulsations, le tout retravaillé, angoissant, oppressant. Et il y a la voix de Fatma qui  s’amuse à questionner notre perception, joue avec nos rêves, nos fantasmes et nos illusions. Dans cet univers fantastique et drôle nos pulsions enfouies rejaillissent et s’affrontent.  . Elle  a eu l’audace de remuer le couteau dans la plaie en évoquant des réalités qui font mal.

.Traduire ces maux dans un langage scénique, n’a pas été mince affaire. Khaoula Hadef signe là un texte dense et poignant avec une mise en scène dynamique et créative .Une  route de 280 kms et plusieurs escales offrent à la comédienne le temps de se poser un tas de question sur elle-même, sur les liens avec sa famille, avec son pays . A travers ce conte , les questions  d’héritage, de religions, d’enseignement , de traditions, de la femme au sein de la société émergent . Nous verrons apparaitre sous nos yeux ; Fatma mais aussi sa famille, son instituteur, sa bourgade « Radhaa » proche du village de Regueb ….des dialogues se créent entre eux, c’est dynamique, vivant et attrayant.Très beau moment de théâtre et merci à Fatma que l’on a fort envie de revoir très vite sur les planches.

Kamel Bouaouina

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