Fatma Felhi :J’ai voulu raconter dans  » Rawa7″ les travers et les défis de notre société

0

Force et  audace  façonnent les contours de la comédienne Fatma Felhi qui a joué aux côtés de grandes stars  du théâtre tunisien . Elle a pu se distinguer dans  » El Toreh » mise en scène de Ghazi Zaghbani, « Les Cils de la terre », mise en scène de Fatma Felhi , « Taba-Taba », mise en scène de Khawla Elhadef , « Richard III », court-circuit, mise en scène de  Jaafar Gusmi et « El Houma » .Dans cet entretien, elle dévoile sa dernière création  » Rawa7″ , un road-trip décapant de Tunis à Sidi Bouzid joué au festival « Sahriet d’été 2020 » à Hammamet

Pour commencer, quel est le contenu de « Rawa7 »? Quelle histoire y est racontée ?

Tout « Rawa7 », c’est une marche, une route, ou même plusieurs avec des poses, des escales, des déambulations, des trébuchements mais c’est une marche continue de Tunis à Regueb soit 280 kms .Tout le long de ce parcours, j’essaie de poser un tas de questions, de tourner le dos à tous et tracer son chemin ailleurs .C’est un road-trip décapant,  co-écrit avec Yousr Galai et Khawla El Hadef.  Je suis parti du réel, que je cherche ensuite à transformer pour le rendre encore plus intéressant. J’aime partir d’une base vraie, d’une histoire que j’ai vécue, mon entourage; ma famille; mes 10 frères et soeurs , mon village d’Erradha à 50 kilomètres de Sidi Bouzid

Qu’est-ce qui a poussé la comédienne que vous êtes à faire un seul en scène ?


Le défi, l’envie de me dépasser toujours plus. La force à me dépasser et la liberté que j’ai dans le texte car je le fais évoluer constamment en fonction de l’actualité m’ont poussé à le faire.Le rapport avec le public est incroyable, on crée une intimité avec lui, une sorte de discussion. Je peux regarder les gens dans les yeux; on interagit et le retour est incroyable.C’est bien d’alterner. C’est une aventure que je partage à 2000 %. Pendant une heure et quart je dois tout donner. C’est presqu’une mise à nu.

Vous évoquez dans votre  mono-drame, plusieurs sujets tabous?         

Je   raconte avec pudeur mais sans détour la difficulté de grandir dans ces zones défavorisées de la Tunisie intérieure. J’évoque la pauvreté qui a marqué mon enfance, mon père  absent contraint d’aller travailler dans la Libye voisine, les jeunes de mon village qui vont à pied à l’école . Je  parle aussi des tabous d’une société conservatrice : l’athéisme, le concubinage, l’égalité dans l’héritage. J’ai voulu raconter les travers et les défis de notre société.  Ce travail théâtral  n’est au fond qu’un prétexte pour raconter cette capacité à s’aimer, à se regarder, à se comprendre, et c’est une question universelle. Il m’a touchée d’emblée  lorsque j’ai lu le scénario d’ailleurs  car il a cette façon si personnelle d’évoquer des sujets qui touchent tout le monde. Cette façon si simple de parler d’un petit village, qui devient une caisse de résonance de tellement de questions. car j’aime quand la petite histoire des petites gens fait écho au quotidien du monde.

Vous rêvez d’une autre Tunisie?

Il faut voir l’audace de changer demain

Comment s’est déroulé le travail avec le metteur en scène Khawla El Hadef ?

Magnifiquement bien ! Humainement, c’était fort et sur le plateau, on était complices… C’était extraordinaire. Une grande découverte pour moi.

                                Kamel Bouaouina

Partager.

Comments are closed.